Lettre écrite par George Sand à M. Girerd (avocat) le 22/08/1837 à Fontainebleau

A M. GIRERD, AVOCAT, A NEVERS.
Fontainebleau, 22 août 1837.

Cher et excellent ami,

J’avais déjà appris par la rumeur électorale ton histoire jusqu’à la veille du dénouement définitif, et j’étais extrêmement inquiète lorsque ta bonne et affectueuse lettre est venue me rassurer. Combien je suis touchée, frère, de cette preuve de ton affection, de ce souvenir si vif et si complet dans un moment si solennel ! Oui, certes, tu pouvais compter sur moi pour me dévouer aux êtres qui te sont chers. Tu pouvais compter aussi sur moi pour venger ta mémoire de toute calomnieuse imputation, comme, à mon heure dernière, je compterai sur toi, si je pars avant toi. Tu as bien fait de penser que tu laissais en cette triste vie un autre toi-même, aimant ceux que tu aimes, haïssant ceux que tu hais.

A présent, je suis toute prête à fulminer si quelqu’un ose dire un mot contre la vérité, en ce qui te concerne. Mais, ni dans les bruits qui me sont revenus, ni dans les journaux que j’ai lus, je n’ai rien trouvé qui fût contraire à la vérité des faits ; par conséquent, rien d’attentatoire à ton honneur. Si quelque mensonge imprimé te tombait sous la main, tout en agissant pour ton compte de la manière que tu jugerais convenable, envoie-moi l’article, et j’y répondrai de bonne encre.

Il n’est pas probable qu’on revienne maintenant sur cette affaire pour en dénaturer les faits dans quelque sens que ce soit.

Je ne puis que te répéter ce que tu sais, ce dont je te remercie de ne pas douter. Je suis à toi de toute mon âme.

Voilà Michel élu ! Espérons, espérons pour la cause, pour lui aussi. La cause a besoin de sa force. Il a besoin, lui, du développement de sa force. — Il ne m’a pas écrit un mot de sa nomination, bien qu’il l’ait annoncée à tout le monde ici. — Je ne m’en plains pas. — Je lui reste dévouée en tant qu’il m’appellera et qu’il aura besoin de moi.

Oh ! que j’ai souffert, dans ma vie, mon pauvre frère ! Et toi, es-tu un peu calme ? En te sentant près de quitter la vie et en refaisant un nouveau bail avec elle, as-tu trouvé qu’elle valait plus ou moins que tu ne pensais ? Dis-moi cela. — Moi, j’ai eu un terrible duel avec moi-même, un combat gigantesque avec mon idéal. J’ai été bien blessée, bien brisée. Je végète maintenant assez doucement. Je me fais l’effet d’un cyprès verdoyant sur un cadavre.

Mon Dieu ! mon Dieu ! que j’ai renfoncé de larmes, que j’ai étouffé de plaintes, que j’ai renfermé de maux ! Cela me ferait un bien infini de causer avec toi. Quand donc te verrai-je ?

Adieu, ami! adieu, frère ! Aime-moi, écris-moi, viens à moi si tu peux, crois en moi.

GEORGE.

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