Lettre écrite par George Sand à Madame Marliani le 28/06/1836 à La Châtre

A MADAME MARLIANI, A PARIS.
La Châtre, 28 juin 1836.

Mon amie,

J’ai écrit pour vous satisfaire, non pas à l’abbé1, il nous a trop positivement défendu à tous de jamais lui adresser qui que ce soit (fût-ce le pape) ; mais à mon ami Didier, qui se chargera de vous faire faire connaissance avec lui d’une manière plus affectueuse et plus intime, en vous donnant rendez-vous quelque jour rue du Regard. Il ira vous voir à cet effet, et vous dira l’heure où vous pourrez rencontrer chez lui le bon abbé dans un bon jour.

Toujours affable et modeste, il est quelquefois très troublé et très mal à l’aise, quand on lui présente une lettre de recommandation. Il a toute la timidité naïve du génie. Si vous le trouvez causant à son aise avec ses amis de la rue du Regard, où il passe une partie de ses journées, vous le connaîtrez bien mieux, et le plaisir qu’il aura lui-même à vous connaître ne sera troublé par aucun mal-à-propos.

Didier est à Genève en ce moment, mais pour très peu de jours. Aussitôt qu’il sera revenu à Paris, il ira chez vous. Je lui ai fait passer votre adresse.

Vous êtes bien aimable de me donner de vos nouvelles et de me conter vos soucis. J’espère que les choses ne tourneront pas aussi mal que vous le craignez. Vous avez de la force, ayez aussi de l’espérance, c’est une des faces du courage. Quoi qu’il vous arrive, vous me trouverez toujours pleine de sollicitude et de dévouement pour vous, vous n’en doutez pas, j’espère.

Mon procès est toujours pendant devant la cour de Bourges. J’attends l’épreuve décisive et j’ai toujours grand espoir d’en sortir aussi bien que des deux autres. Priez pour moi, vous qui êtes une bonne et belle âme, chère à Dieu, sans doute.

C’est à cause de cela que je ne puis m’imaginer qu’il vous abandonne jamais à un malheur réel.

Adieu ; aimez-moi toujours, votre amitié m’est précieuse et douce. Donnez-moi quelquefois de vos nouvelles, et donnez à votre mari une poignée de main de la part de votre ami commun.

GEORGE

  1. Lamennais. []

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