Lettre écrite par George Sand à Charles Duvernet, Alphonse Fleury
et Jules Sandeau le 02/12/1830 à Nohant

A CHARLES DUVERNET, ALPHONSE FLEURY ET JULES SANDEAU
[Nohant,] jeudi [2 décembre 1830]

Épître romantique à mes trois amis

De même que ces enfants naïfs et déguenillés que l’on voit sur les routes, armés de ces ingénieux paniers que leurs petites mains ont tressés après en avoir ravi les matériaux à l’arbuste flexible qui croît dans ces vignes que l’on voit ceindre les collines verdoyantes de l’Indre, ramassent pour engraisser le jardin paternel, les immondices nutritives et fécondes — je ne sais pas précisément si le mot est masculin ou non… je m’en moque —, que les coursiers, les mulets, les bœufs, les vaches, les pourceaux et les ânes laissent échapper dans leur course vagabonde, comme autant de bienfaits que l’active et ingénieuse civilisation met à profit pour ranimer la santé débile du chou-fleur et la délicate complexion de l’artichaut ; de même que ces hommes patients et laborieux qu’un sot préjugé essayerait vainement de flétrir, et qui munis de ces réceptacles portatifs qu’on voit également servir à recueillir les dons de Bacchus et les infortunés animaux que l’on trouve parfois égarés et languissants au coin des bornes jusqu’à ce qu’une main cruelle leur donne la mort et les engloutisse à jamais dans la hotte parricide, ramassent, dans ces torrents fangeux qui se brisent en mugissant dans les égouts de la capitale, divers objets abandonnés à la parcimonieuse industrie, qui sait tirer parti de tout, et faire du papier à lettres avec des vieilles bottes et des chiens morts ;

De même, ô mes sensibles et romantiques amis ! après une longue, laborieuse et pénible recherche, j’ai à peu près compris la lettre bienfaisante et sentimentale que vous m’avez écrite, au milieu des fumées du punch et dans le désordre de vos imaginations naturellement fantasques et poétiques. Triomphez, mes amis, enorgueillissez-vous des dons que le ciel prodigue vous a départis, soyez fiers, car vous avez droit à l’être. Vous avez atteint et dépassé les limites du sublime, vous êtes inintelligibles pour les autres comme pour vous-mêmes. Nodier pâlit, Rabelais ne serait que de la Saint-Jean1, et Sainte-Beuve baisse pavillon devant vous. Immortels jeunes hommes ! mes mains vous tresseront des couronnes de verdure quand les arbres auront repris des feuilles, le laurier-sauce s’arrondira sur vos fronts et le chêne sur vos épaules, si vous continuez de la sorte.

Heureuse, trois fois heureuse la ville de La Châtre, la patrie des grands hommes, la terre classique du génie ! Heureuses vos mamans ! heureux vos papas ! Enfants gâtés des Muses, nourris sur l’Olympe (pas d’allusions je vous prie2), bercés sur les genoux de la renommée ! puissiez-vous faire pendant toute une éternité (comme dit le forçat délibéré Champagnette Delille), la gloire et l’ornement de la patrie reconnaissante ! Puissiez-vous m’écrire souvent pour m’endormir… au son de votre lyre pindarique, et pour détendre les muscles buccinateurs infiniment trop contractés de mes joues amaigries !

Depuis ton départ, ô blond Charles, jeune homme aux rêveries mélancoliques, au caractère sombre comme un jour d’orage, infortuné misanthrope qui fuis la frivole gaieté d’une jeunesse insensée, pour te livrer aux noires méditations d’un cerveau ascétique ! les arbres ont jauni, ils se sont dépouillés de leur brillante parure. Ils ne voulaient plus charmer les yeux de personne, l’hôte solitaire des forêts désertes, le promeneur mélancolique des sentiers écartés et ombrageux, n’étant plus là pour les chanter. Ils sont devenus secs comme des fagots et tristes comme la nature veuve de toi, ô jeune homme !

Et toi, gigantesque Fleury, homme aux pattes immenses, à la barbe effrayante, au regard terrible, homme des premiers siècles, des siècles de fer ! homme au cœur de pierre, homme fossile ! homme primitif, homme normal ! homme antérieur à la civilisation, antérieur au déluge ! depuis que ta masse immense n’occupe plus, comme les dieux d’Homère, l’espace de sept stades dans la contrée, depuis que ta poitrine volcanique n’absorbe plus l’air vital nécessaire aux habitants de la terre, le climat du pays est devenu plus froid, l’air plus subtil. Les vents qu’emprisonnaient tes poumons, les tempêtes qui se brisaient contre ton flanc, comme au pied d’une chaîne de montagnes, se sont déchaînés avec furie le jour de ton départ et toutes les maisons de La Châtre ont été ébranlées dans leurs fondements, le moulin à vent a tourné pour la première fois, quoique n’ayant ni ailes, ni voiles, ni pivot. La perruque de M. [Lamoureux] de la Gennetière a été emportée par une bourrasque au haut du clocher, et la jupe de Madame Saint-Oran [Sainthorent] a été relevée à une hauteur si prodigieuse, que le grand Chicot assure avoir vu sa jarretière.

Et toi, petit Sandeau ! aimable et léger comme le colibri des savanes parfumées ! gracieux et piquant comme l’ortie qui se balance au front battu des vents des tours de Châteaubrun depuis que tu ne traverses plus avec la rapidité d’un chamois, les mains dans les poches, la petite place où tu semas si généreusement cette plante pectorale qu’on appelle le pas d’âne et dont Félix Fauchier a fait, grâce à toi, une ample provision pour la confection du sirop de quatre fleurs, les dames de la ville ne se lèvent plus que comme les chauves-souris et les chouettes au coucher du soleil. Elles ne quittent plus leurs bonnets de nuit pour se mettre à la fenêtre, et les papillotes ont pris racine à leurs cheveux, la coiffure languir, le cheveu dépérit, le fer à friser dort inutile sur les tisons refroidis ; la main de Laurent3, glacée par l’âge et le chagrin, tombe inactive à son côté, les touffes invisibles et les cache-peignes moisissent sans éclat dans la boutique de Darnaut4, l’usage des peignes commence à se perdre, la brosse tombe en désuétude, et la garnison menace de s’emparer de la place. Ton départ nous a apporté une plaie d’Égypte bien connue.

Quant à votre amie infortunée, ne sachant que faire pour chasser l’ennui aux lourdes ailes ; fatiguée de la lumière du soleil qui n’éclaire plus nos promenades savantes et nos graves entretiens aux Couperies5, elle a pris le parti d’avoir la fièvre et un bon rhumatisme seulement pour se distraire et passer le temps. Vous ririez, mes camarades, si vous pouviez me voir sortir de ma chambre, non pas comme l’Aurore aux ailes empourprées attelant d’une main légère les chevaux du classique Phébus dont la perruque rousse a fait vivre les poètes pendant plusieurs siècles, mais comme la marmotte engourdie que le Savoyard tire de sa boîte et fait danser à grands coups de bâton pour la mettre en train et lui donner l’air enjoué. C’est ainsi que je me traîne, moi qui naguère aurais défié sur ma bonne Lyska un parti de miquelets6, maintenant empaquetée de flanelles et fraîche comme une momie dans ses bandelettes, je voyage en un jour de mon cabinet au salon, et une de mes jambes est auprès de la cheminée dudit appartement que l’autre est encore dans la salle à manger. Si cet état fâcheux continue, je vous prie de m’acheter une de ces brouettes dans lesquelles on voiture les culs-de-jatte dans les rues de Paris ; nous y attellerons Brave, et nous parcourrons ainsi les villes et les campagnes, pour attirer la pitié des âmes sensibles. Sandeau fera des cabrioles, Fleury des tours de force, et Charles avalera des épées comme les jongleurs indiens ou des souris comme Jacques de Falaise ; on lui laissera le choix.

Et, à propos de Brave, je viens de lui rendre visite dans sa niche et après les politesses d’usage, je lui ai lu le paragraphe de votre lettre qui le concerne. Il en a été fort mécontent, et me suivant dans mon cabinet où il est présentement étendu devant le feu, il m’a prié d’écrire sous sa dictée une réponse aux accusations dont vous le chargez. Je souscris à sa demande et vous quitte pour servir d’interprète à ce bon animal.

Adieu donc, mes chers camarades, écrivez-moi souvent, quelque bêtes que vous puissiez être, je vous promets de n’être jamais en reste avec vous. Je vous tiens quittes des compliments, à moins qu’ils ne soient tournés comme celui de Jules. Pauvre Fleury ! accouchez donc vite de ce fatal choléra-morbus, prenez du tabac à forte doses, il partira dans les éternuements. Et vous, jeune Chariot, au milieu des tumultueux plaisirs de cette ville de bruit et de prestiges, n’oubliez pas la plus ancienne de vos amies. Une poignée de main à tous les trois, quoique Rochoux-Daubert n’aime pas cela dans une femme.

Aurore D.

Réclamation adressée par Brave, chien des Pyrénées, originaire d’Espagne, garde de nuit de profession, décoré du collier à pointes, du grand cordon de la chaîne de fer et de plusieurs autres ordres honorables. A Messieurs Fleury dit le Germanique et Jules Sandeau le Marchois, pour offense à la personne dudit Brave et diffamation gratuite auprès de sa protectrice, dame Aurore, châtelain de Nohant et de beaucoup de châteaux en Espagne dont la description serait trop longue à mentionner.

Messieurs,

Je ne viens point ici faire une vaine montre de mes forces physiques et de mes vertus domestiques. Ce n’est point un mouvement d’orgueil assez justifié peut-être par la pureté de mon origine, et le témoignage d’une conduite irréprochable, qui m’engage à mettre la patte à la plume pour réfuter les imputations calomnieuses qu’il vous a plu de présenter à mon honorée protectrice et amie, dame Aurore, que j’ai fidèlement accompagnée et gardée jusqu’à ce jour, à cette fin de détruire la bonne intelligence qui a toujours régné entre elle et moi, et de lui inspirer des doutes sur mes principes politiques. Il me serait facile de mettre au jour des faits qui couvriraient de gloire l’espèce des chiens, au grand détriment de celle des hommes. Il me serait facile encore de vous montrer deux rangées de dents auprès desquelles les vôtres ne brilleraient guère et vous prouver que, quand on veut mordre et déchirer, il n’est pas prudent de s’adresser à plus fort que soi. Mais je laisse ces moyens aux esprits rudes et grossiers qui n’en ont point d’autres. Je dédaigne des adversaires dont la défaite ne me rapporterait point de gloire et dont je viendrais aussi facilement à bout que des chats que je surprends à vagabonder la nuit autour du poulailler, au lieu d’être à leur poste à l’armée d’observation contre les souris et les rats. Je ne veux employer avec vous que les armes du raisonnement, mon caractère paisible préfère terminer à l’amiable les discussions où la rigueur n’est pas absolument nécessaire ; accoutumé dès l’enfance et pour me servir de l’expression de M. Fleury, dès mon bas âge, à des études graves et utiles, j’ai contracté le goût des méditations approfondies. J’ai réussi à l’inspirer au Chien Bleu qui ne manque pas d’intelligence, et je prends plaisir à m’entretenir avec lui sur toutes sortes de matières lorsque, couchés au clair de la lune sur le fumier de la basse-cour durant les longues nuits d’hiver, nous examinons le cours des astres et leurs rapports avec le changement des saisons et le système entier de la nature, c’est en vain que j’ai voulu améliorer l’éducation et réformer le jugement de mon autre camarade, l’oncle Mylord, que vous appelez épileptique et convulsionnaire, car dans la frivolité de vos railleries mordantes, vous n’épargnez pas, messieurs, les personnes les plus dignes d’intérêt et de compassion par leurs infirmités et leurs disgrâces. Quoiqu’il en soit, messieurs, je ne m’adjoindrai pas dans cette défense le susdit oncle Mylord, parce que sa complexion nerveuse ne le rendant propre qu’aux beaux-arts, il fait société à part et passe la majeure partie de son temps dans le salon, où on lui permet de se chauffer les pattes en écoutant la musique, dont il est fort amateur, pourvu qu’il ne lui échappe aucune impertinence, ce qui malheureusement, vous le savez, messieurs, lui arrive quelquefois. Je dois en même temps vous déclarer que, dans le système de défense que j’ai adopté, j’ai été puissamment aidé par les lumières et les réflexions du Chien Bleu ; la franchise m’oblige à reconnaître les talents et le mérite de cette personne estimable, que vous n’avez pas craint d’envelopper dans vos soupçons injurieux sur notre patriotisme et notre moralité.

D’abord, examinons les faits qu’on m’attribue.

M. Fleury, mon principal accusateur, prétend :

1° Que moi, Brave, assis sur mon postérieur, j’ai été surpris par lui, Fleury, réfléchissant aux malheurs que des factieux ont attirés sur la tête de l’ex-roi de France Charles X.

M. Fleury insiste sur l’expression de factieux dont il assure que je me suis servi.

2° Il prétend m’avoir surpris lisant la Quotidienne en cachette et, d’après ces deux chefs d’accusation, il ne craint pas de se répandre en invectives contre ma personne, de me traiter tour à tour de carliste, de jésuite, d’ultramontain, de serpent, de crocodile, de boa, d’hypocrite, de chouan, de Ravaillac.

Quelle âme honnête ne serait révoltée à cette épouvantable liste d’épithètes infamantes, gratuitement déversées sur un chien de bonne vie et mœurs, d’après deux accusations aussi frivoles, aussi peu avérées! Mais je méprise ces outrages et n’en fais pas plus de cas que d’un os sans viande.

M. Fleury ment à sa conscience lorsqu’il rapporte avoir entendu sortir de ma gueule le mot de facétieux appliqué aux glorieux libérateurs de la patrie. Je vous le demande, ô vous qui ne craignez pas de flétrir la réputation d’un chien paisible, ai-je pu me rendre coupable d’une aussi absurde injustice ? Pouvez-vous supposer que j’aie le moindre intérêt à méconnaître les bienfaits de la révolution ? N’est-ce pas sous l’abominable préfecture d’un favori des Villèle et des Peyronnet, que les chiens ont été proscrits comme du temps d’Hérode le furent d’innocents martyrs enveloppés dans la ruine d’un seul !

N’est-ce pas en faveur des prérogatives de la noblesse et de aristocratie que l’entrée des Tuileries fut interdite aux chiens libres et accordée seulement comme un privilège à cette classe dégradée des Bichons et des Carlins, que les douairières du noble faubourg [Saint-Germain] traînent en laisse comme des esclaves au collier doré ? Oui, j’en conviens, il est une race de chiens dévouée de tout temps à la cour et avilie dans les antichambres, ce sont les carlins, dont le nom offre assez de similitude avec celui de carlistes pour qu’on ne s’y méprenne point. Mais nous, descendants des libres montagnards des Pyrénées, race pastorale et agreste, nous qui, au milieu des neiges et des rocs inaccessibles, gardons contre la dent sanglante des loups et des ours, contre la serre cruelle des aigles et des vautours, les jeunes agneaux et les blanches brebis de la romantique vallée d’Andorre !… Ah ! ce souvenir de ma patrie et de mes jeunes ans m’arrache des larmes involontaires ! Je crois voir encore mon respectable père, le vaillant et redoutable Pigon7, avec son triple collier de pointes de fer, où la dépouille sanglante des loups avait laissé de glorieuses empreintes ! Je le vois se promener majestueusement au milieu du troupeau, tandis que les brebis se rangeaient en haie sur son passage dans une altitude respectueuse et que moi, faible enfant, je jouais entre les blanches pattes de ma mère Tanbella, vive Espagnole à l’œil rouge et à la dent aiguë ! Je crois entendre la voix du pasteur chantant la ballade des montagnes aux échos sauvages étonnés de répondre à une voix humaine dans cette âpre solitude ; je retrouve dans ma mémoire son costume étrange, son cothurne de laine rouge appelé spardilla, son béret blanc et bleu, son manteau tailladé et sa longue espingole, plus fidèle gardienne de son troupeau que la houlette parée de rubans que les bergères de Cervantès portaient au temps de l’âge d’or. Je revois les pics menaçants, embellis de toutes les couleurs du prisme reflétées sur la glace séculaire, les torrents écumeux dont la voix terrible assourdit les simples mortels, les lacs paisibles bordés de safran sauvage et de rochers blancs comme le marbre de Paros, les vieilles forteresses maures abandonnées aux lézards et aux choucas, les forêts de noirs sapins et les grottes imposantes comme l’entrée du Tartare. — Pardonnez à ma faiblesse, ce retour sur un temps pour jamais effacé de ma destinée, a rempli mon cœur de mélancolie ; mais dites-moi, Fleury et Sandeau, si vous avez autant d’âme qu’un chien comme moi peut en avoir, pensez-vous qu’un simple et hardi montagnard soit un digne courtisan du despotisme, un conspirateur dangereux, un affilié de Lulworth ? Non, vous ne le pensez pas ! Vous avez pu me voir lire la Quotidienne, ma maîtresse la reçoit et je ne la soupçonne pas d’être infectée de ces gothiques préjugés, de ces haineux ressentiments. je la lis comme la liriez, avec dégoût et mépris, pour savoir seulement jusqu’où l’acharnement des partis peut porter des hommes égarés, mais combien de fois, transporté d’une vertueuse indignation, j’ai fait voler d’un coup de patte, ou mis en pièces d’un coup de dent, ces feuilles empreintes de mauvaise foi et d’esprit de vengeance !

Cessez de le dire, et vous, ma chère maîtresse, mon estimable amie, gardez-vous de le croire. Jamais Brave, jamais le chien honoré de votre confiance et enchaîné par vos bienfaits, ne méconnaîtra ses devoirs et n’oubliera le sentiment de sa dignité. Qu’on vienne au nom de Charles X ou de Henri V attaquer votre tranquille demeure, vous verrez si Brave ne vaut pas une armée. Vous reconnaîtrez la pureté de son cœur indignement méconnue par vos frivoles amis, vous jugerez alors entre eux et moi !

Et vous, jeunes gens sans expérience et sans frein ! j’ai pitié de votre jeunesse et de votre ignorance, mon âme généreuse, incapable de ressentiment, veut oublier vos torts et pardonner à votre légèreté ; soyez donc absous et revenez sans crainte égayer les ennuis de ma maîtresse solitaire. Vous n’avez rien à redouter de ma vengeance. Brave vous pardonne ! que tout soit oublié, et si vous êtes d’aussi bonne foi que moi, qu’un embrassement fraternel soit le sceau de notre réconciliation, je vous offre ma patte avec franchise et loyauté, et joins ici, pour votre sûreté personnelle, un sauf-conduit qui vous mettra à couvert des ressentiments que votre lettre aurait pu exciter dans les environs.

Brave, seigneur chien, maître commandant, général en chef et inspecteur de toute la chiennerie du pays, à Mylord, au Chien Bleu, à Marchant, à Labrie, à Charmette, à Capitaine, à Pistolet, à Caniche, à Parpluche, à Mouche, à tous les chiens jeunes et vieux, mâles et femelles, ras et tondus, grands et petits, galeux et enragés, infirmes et podagres, hargneux et arrogants, domiciliés dans le bourg de Nohant, dans celui de Montgivray, dans la maison à Rochette à la Thuilerie, etc., et tous autres lieux situés entre La Châtre et Nohant.

Défense vous est faite, sous peine de mort, de mordre, poursuivre, menacer ou insulter les trois individus ci-dessous mentionnés :

Charles Duvernet, Jules Sandeau, Alphonse Fleury ; lesquels seront porteurs du présent sauf-conduit, que nous leur avons délivré le … décembre 1830, en notre niche, en présence du Chien Bleu et de madame Aurore D.

signé Brave
  1. Locution signifiant : ce n’est rien en comparaison. []
  2. Allusion à Olympe Audoux de Viljovet, dame de La Châtre. D’autres plaisanteries de cette lettre (comme Champagnette Delille) restent non éclaircies. []
  3. Coiffeur à la Châtre. []
  4. Autre coiffeur à la Châtre. []
  5. Cette promenade sur la rive gauche de l’Indre à la sortie de La Châtre vers Briantes a inspiré à Sand une de ses premières pages littéraires (Les Couperies, publié dans Œuvres autobiographiques, t. II, p.575-581) et un très beau passage dans la neuvième des Lettres d’un voyageur (id., p.874-879). []
  6. Bandits des Pyrénées. []
  7. G. Sand a évoqué l’intrépide Pigon dans Histoire de ma vie (IV, 11). []

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