Lettre écrite par George Sand à Maurice Sand le 17/10/1943 à Nohant

A MAURICE SAND;, A PARIS.
Nohant, 17 octobre 1843.

Mon enfant,

Sois donc tranquille, je n’irai pas en prison, je n’aurai pas de procès. Il n’y a pas de danger, je n’y ai pas donné matière, je n’ai nommé personne, et, d’ailleurs, cela mettrait trop au jour la vérité. On ne s’y frottera pas. Je n’ai pas envie de chercher le danger; s’il m’atteignait, je le prendrais comme il faut; mais nous sommes si sûrs de l’impossibilité de ce procès, que nous avons ri de tes craintes.

Voilà trois jours qui se sont passés, depuis deux heures de l’après-midi jusqu’au soir, en conciliabules, en brouillons de lettres, en délibérations, toujours pour constater et prouver de plus en plus l’histoire de Fanchette, que chaque renseignement rend plus certaine, plus évidente, et nous n’avons pas laissé passer une parole de ma réponse sans la peser dix fois, afin de ne laisser aucune prise ni à la contradiction ni au procès.

Delaveau et Boursault sont venus me donner renseignements et attestations; nous publions l’enquête; enfin nous sommes tranquilles et tu peux dormir sur les deux oreilles. Moi, j’ai la tête cassée de cette Fanchette.

Maintenant nous sommes en train d’organiser un journal pour la Châtre. La seule difficulté était d’avoir un imprimeur qui voulut faire de l’opposition. M. François a levé l’obstacle en se chargeant de faire imprimer à Paris. Fleury en est comme un fou. Il fait des chiffres, des comptes, des listes, des projets, et François part demain matin, s’il trouve de la place dans la voiture d’Issoudun, ou, dans le jour, par celle de Châteauroux. Je ne lui remets pas de lettre pour toi, tu auras celle-ci plus tôt par la poste.

Rassure-toi sur la Revue indépendante. Je connais à fond leur position maintenant, et je suis satisfaite. Quand même François la quitterait, Pernet la continuerait. Il est en position pour cela, et n’a pas besoin de scandale; mon nom surtout n’en a pas besoin pour leurs affaires. Ils sont honnêtes et désintéressés, et pécheraient plutôt par défaut d’âpreté au gain et au succès que par ces défauts-là. D’ailleurs, je ne ferai jamais un pas de plus que je ne voudrai en toute chose, et je n’ai pas de raison pour subir une autre influence que celle de mon bonnet.

Je me suis reposée ces deux nuits de tout le bavardage de la journée, et je ne sais pas si j’aurai le temps de retravailler avant mon départ; car me voici dans le détail des comptes et règlements, et je n’ai plus l’esprit qu’aux paquets, aux malles et au départ.

La semaine prochaine, le bail sera un autre ennui. Ta chambre ne sent plus que le mortier, les arbres sont plantés, l’escalier, de la cave est presque fait. Il n’y a que l’affaire du remboursement des dix mille francs qui ne soit pas encore réglée. Il faut que Fleury aille à Châteauroux pour cela.

Dis-moi si Chopin n’est pas malade; ses lettres sont courtes et tristes. Soigne-le, s’il est plus souffrant. Remplace-moi un peu. Lui, me remplacerait avec tant de zèle auprès de toi, si tu étais malade.

Bonsoir, mon cher enfant. Écris-moi.

TA MAMAN.

Je décachète ma lettre pour te dire qu’elle n’est pas partie ce soir. Thomas est arrivé trop tard. Tu en recevras deux à la fois.

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